The Anastas Brothers, « We won’t give in to the temptation of filling up space»
Les Anastas Brothers, « Ne pas se soumettre à la tentation du remplissage »
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Elias and Yousef are two architects and designers who work at the AAU ANASTAS, based in Bethlehem. They built the Stonesourcing Space, an elegantly designed stone pavilion, inspired by traditional farmers’ shelters, which is exhibited a few feet from the wall. We met with these two down-to-earth dreamers, who give us comics pages to explain their process.

Everyone knows them in Bethlehem as “the architects.” The elder, Elias, is 30 and has already built a music conservatory and is about to deliver two courthouses. Yousef is 26: he just finished his engineering studies after a stint as Princeton University. He is in charge of the Parisian branch of their office.

Through their projects, these French-Palestinians are trying to promote a type of urbanism that would be both thoughtful and respectful of the territory. When they hear the word “stone”, their eyes start to shimmer. Together, they created a pavilion inspired by the manatir, those traditional rural shelters which were used to mark the territory. With this comic strip and this interview, they give us a glimpse of their reflexion on the urbanisation of Palestine and explain their process.

© Anastas Brothers

 

Your country is one big construction site. Cities and villages are constantly expanding, with no limit in sight. How do you explain this frenzy?

Elias & Yousef : This anarchic and violent urbanism can be explained by a desire to conquer territory, to protect oneself. Borders here are elusive: land can be expropriated at any moment. When someone has a few square feet of land and a bit of money, they will tend to build quickly whatever they can think of, so their land can be saved. Hence this low quality construction, which pollutes the Palestinian landscape and damages the urban development of a city.

You say you’re rebelling against this attitude of the landowners. But it’s an entirely understandable process…

E & Y : There are other solutions. We have to avoid giving in to the temptation of just filling up space. An architect mustn’t focus on urban heritage. In this country, the real heritage is the landscape itself. Look at the wealth of natural topography. We have to protect it and emphasize it, with buildings that know how to respect it. Otherwise, rampant development will not only destroy nature, but eventually the city itself.

You wanted to offer a “different solution” by creating Stonesourcing Space. What are the messages contained within your pyramid?

E & Y : The pavilion, like the manatirs of old, marks the owner’s land as an act of resistance against the separation wall. This little building allows us to protect ourselves in a conscious way, without polluting the landscape, and will eventually enable us to liberate ourselves from concrete. Plus, showcasing our local stone production.

Stone is your driving force?

E & Y : Stone is a noble material and it can be self-reliant. In Palestine, we have hard limestone; it absorbs very little water and is four times as resistant, when compressed, as concrete. Why not use this amazing resource?

Because it’s expensive and unpractical?

E & Y : That is not true. We are looking for cheap and sustainable ways of developing our urbanism. Stone is solid, isolating, and ecological. Its thermal inertia creates a comfortable climate adapted to Palestinian weather. Our current research aims to take advantage of new technologies and digital production to better exploit its proprieties.

Before being established in the Makhrour valley, near the entrance of the organic farm Hosh Al-Yasmine , you insisted on exposing the pavilion for a month on Manger square. Why?

E & Y : The city is the locus of debate, of self-expression, of counter-powers, of innovation. We wanted to involve the citizens and their representatives in our work. Much in the same way open source data works, the pavilion was exposed with explanations in order to share our approach and our process. It is paramount to include the inhabitants of the city, who are not used to invest public spaces.   

© Elias Anastas

Les frères Elias et Yousef Anastas, designers et architectes, font partie du cabinet AAU, basé à Bethléem. On leur doit le Stonesourcing Space, un élégant pavillon de pierre inspiré des abris traditionnels, exposé à quelques mètres du Mur. Rencontre avec deux rêveurs terre-à-terre, qui nous livrent une planche de bande-dessinée pour décrire leur démarche.

A Bethléem, où tout le monde les connaît, ils sont « les architectes ». A 30 ans, Elias, l'aîné, a déjà construit un conservatoire et va bientôt livrer deux tribunaux. Yousef, 26 ans, vient de terminer ses études d’ingénieur après un passage par l’université de Princeton (USA). Il s’occupe de l’antenne parisienne du cabinet.

A travers leurs projets, ces franco-palestiniens tentent de promouvoir un urbanisme réfléchi et respectueux du territoire. Quand ils entendent le mot « pierre », des étoiles s’allument dans leurs yeux. Ensemble, ils ont conçu un pavillon inspiré des manatir, des abris ruraux traditionnels qui servaient à délimiter le territoire. A travers ces bande-dessinées et cet entretien, ils nous livrent leur réflexion sur l’urbanisme de la Palestine et nous disent tout sur leur démarche.

© Anastas Brothers

 

Votre pays est un immense chantier. Villes et villages croissent sans cesse et sans limite. Pourquoi cette frénésie ?

Elias & Yousef : Cet urbanisme anarchique et violent s'explique par le désir d'aller conquérir le territoire pour se protéger. Ici, les frontières sont insaisissables et mouvantes. On peut se faire prendre sa terre à tout moment. Alors, quand il a quelques mètres de terrain et un peu d'argent, le propriétaire palestinien bâtit n'importe quoi très rapidement afin que son terrain soit sauvé. Il en résulte une construction de très mauvaise qualité, qui pollue le paysage palestinien et qui nuit au développement urbain de la ville.

Vous vous dites « en rebellion » contre ce comportement des propriétaires. Mais il est compréhensible...

 E & Y : Il existe d’autres solutions. Il faut éviter de se soumettre à la tentation du remplissage. L'architecte ne doit pas se focaliser sur le patrimoine urbain. Dans ce pays, le plus gros patrimoine, c'est le paysage ! Voyez la richesse de la topographie naturelle. Il faut non seulement la protéger, mais aussi la mettre en valeur, à travers des constructions respectueuses. Sinon, le développement chaotique tuera non seulement la nature mais aussi la ville, à long terme.

Vous avez voulu proposer une « autre solution » en créant le Stonesourcing Space. Quels messages renferme votre pyramide ?

 E & Y : Le pavillon, comme les manatir ancestraux, sert à marquer la propriété, dans un acte de résistance au tracé du mur. Cette toute petite construction nous permet de nous protéger de manière responsable, en évitant de polluer le paysage, jusqu'à nous affranchir des fondations de béton enracinées dans la terre. De plus, nous mettons réellement en valeur la pierre locale.

La pierre, c’est votre cheval de bataille ?

 E & Y : la pierre est un matériau noble, qui peut être auto-suffisant. En Palestine, nous avons une pierre calcaire dure, qui absorbe très peu d’eau, quatre fois plus résistante en compression que le béton. Pourquoi ne pas utiliser cette formidable ressource ?

Parce qu'elle est coûteuse et peu pratique ?

 E & Y : C'est faux. Nous cherchons des manières économiques et durables de développer l'urbanisme en Palestine. La pierre est pérenne, solide, isolante, écologique. Son inertie thermique permet de créer un confort climatique adapté à l’environnement local.  Nos recherches actuelles visent à la soumettre aux nouvelles techniques de conception et de fabrication numériques, pour mieux encore profiter de ses vertus.

Avant d’être implantée dans la vallée du Makhrour, à l’entrée de la ferme organique Hosh Al-Yasmine, vous avez insisté pour pouvoir l’exposer un mois sur la place de la Nativité. Pourquoi ?

 E & Y : La ville est le lieu du débat, de l’expression, du contre-pouvoir et de l’innovation. Nous avons voulu impliquer dans notre réflexion les citoyens et leurs représentants. A la manière des données Open Source, le pavillon a été exposé avec des notices explicatives afin de partager toute la démarche qui nous a permis d'y aboutir. Il est primordial d'inclure les habitants, qui n'ont pas l'habitude d'investir l'espace public, dans la réflexion urbanistique.

© Elias Anastas