The roots of civilization
Aux sources de la civilisation
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Jericho is the city of all superlatives. Located in the lowest region in the world, the ancient city’s lowest point is 240 meters below sea level. It is also arguably one of the oldest cities in the world, with traces of human activity dating from ten thousand years ago. Its lunar landscape and nonchalant palm trees look on, bewildered, as modernity tries to establish itself.

 

Enchanting: journey to the centre of the earth

The taxi leaves Ramallah and speeds towards the East. The landscape slowly unfurls, the naked desert. Here and there, a black and blue flame floats over the rocks: Bedouins, going to work. I’m traveling with Omar, a Nablusi, a poet, and a journalist. He shows me a blue line painted on the mountain: sea level. We breathe in. The yellow pod continues its plunge. Fall is just starting: it was a bit chilly in Ramallah. For the first time in four months, it even tentatively rained. I took a light sweater with me. Omar had told me: “It’s warm there, it’s nice. No need for a sweater.” I thought he only said that to make me believe that there was at least one good thing in his country…

As I happily got out of the car to get my first whiff of the City of the moon, I collapsed on the street. The swelter is unbearable. I throw my sweater away. We slowly get used to the scorching weather and all of a sudden, without quite understanding why, we vanish. The city weaves its spell: one that it has been weaving ever since it was a place dedicated to a moon cult, well before monotheism. In this strange atmosphere, we start our tour.

Intoxicating: the mount of Temptation

We go up Dmitri Medvedev Avenue, walk along the Russian museum and find a two thousand year old sycamore. A bored guide mechanically tells the Biblical story of Zacchaeus to a group of Ukrainians.

Because of his culture, the Western traveller will surely feel obligated to visit religious sites in the Holy Land. You have the Nativity in Bethlehem, of course. It is under renovation and full of people: it lacks authenticity and will not satisfy the demanding traveller. If you want to be a high-end ascetic, Jericho is the place to be: three kilometres to the north west of the city sits the Mount of Temptation. If you feel like it, a road meanders among the palm trees and – higher on – among the rocks until it gets to the doors of a monastery perched on a cliff. Otherwise, a delightful cable car will take you there for 60 NIS.  Once you’re there, slide past the pilgrims and go to the balcony: there, you will discover a landscape that is outside of time and space. This is the place where Jesus, after having fasted for forty days, was approached by Satan in person and sent him packing (Matthew 4, Luke 4). As far as the eye can see, the Judean desert spreads over like a white mat. Listen to the wind diving into the troglodyte caves in the mountain; listen to it echoing the cries of invisible ravens. It is so beautiful that even Omar shuts up. Truth be told, he was busy contemplating a Russian tourist whose face is reddened by the effort exerted to get here. Noble ideas come to mind. A bitter kind of lucidity takes over. And then, you leave, slightly tormented.

Touching: are we murdering the Dead Sea?

Once you’re back in town, a few kilometres to the south will get you to the Dead Sea, which his really a lake, and which will soon be nothing at all. Upstream, the Jordan is being drawn off to irrigate farmland. Every year, the water level is lowered. Palestine is a country that tends to grow smaller. All around the Dead Sea, the land is drying up and breaking up. Go there quickly, if you still want to float on the waters of this sea that is overloaded with salt. And choose a space that is far from the salt factories.

As we leave, we drive by the Oasis, a casino opened with great pomp in 1998 and shut down, among widespread indifference, in 2000 during a period where having fun was forbidden in Palestine. Transformed into a resort, the Oasis tries its best to survive. We take the road among the sacred mountains back to Ramallah as the sun sets. On the slopes, small lamps turn on. The Bedouins are coming home from work.

by Jean Morizot

Jéricho, ville de tous les records ! Située dans la région la plus basse du monde, la cité antique culmine à 240 mètres sous le niveau de la mer. Avec des traces d’activité humaine datées de dix mille ans, elle est en lice pour le titre de plus vieille ville du monde. Les rochers lunaires et les palmiers nonchalants, regardent, perplexes, la modernité qui tente de s’installer.

 

Envoûtante : voyage au centre de la terre

Le taxi a quitté Ramallah et fonce vers l’Est. Le paysage se dénude. Ça et là, une flammèche noire ou bleue flotte sur la roche. C’est un bédouin qui s’en va au boulot. Je voyage avec Omar, citoyen de Naplouse, poète et journaliste. Il me montre une ligne peinte sur la montagne: le niveau de la mer. Nous prenons une grande inspiration. La capsule jaune continue sa plongée. C’est le début de l’automne; il faisait frisquet à Ramallah. Pour la première fois depuis quatre mois, il a même pleuvioté. Alors j’ai pris une petite laine. Omar m’avait pourtant prévenu. « Il fait chaud là-bas, c’est agréable. Pas besoin de gilet. » J’ai pensé qu’il disait ça pour me faire croire qu’il y a au moins une chose positive dans son pays...

En sautant gaiement hors du véhicule pour fouler le sol de la City of the moon, je m’effondre sur le bitume. Une torpeur insoutenable nous envahit. Je jette ma veste au caniveau. Jéricho est un hammam à ciel ouvert. Nous nous habituons peu à peu à cette chaleur, avant de nous épanouir complètement, sans vraiment savoir pourquoi. Le sortilège de la ville, lieu dédié au culte de la Lune bien avant la naissance du monothéisme, a opéré. Dans cette atmosphère bizarre, nous entamons notre promenade.

Enivrante : le monastère de la Tentation

Nous remontons l'avenue Dmitri Medvedev, longeons le musée Russe et rencontrons un sycomore vieux de 2000 ans. Un guide lassé débite l'épisode biblique de Zachée à un groupe d’Ukrainiens. Parce qu'il a été façonné dans un monde issu de la culture judéo-chrétienne, le voyageur occidental éprouvera sûrement des scrupules à l'idée de quitter la Terre Sainte sans avoir visité de lieu sacré. Bien-sûr, il y a la basilique de la Nativité, à Bethléem. En travaux et surpeuplée, elle manque d'authenticité et ne comblera pas les plus exigeants. Si vous voulez de l'ascétisme de luxe, Jéricho est faite pour vous : rendez-vous au pied du Mont de la Tentation, à trois kilomètres au nord-ouest de la ville. De là, si vous avez vraiment la foi, un chemin serpente parmi les palmiers puis la roche nue jusqu'aux portes du monastère, accroché sur la falaise. Autrement, pour 60 NIS, un charmant téléphérique vous y emmènera. Une fois en haut, esquivez les pèlerins et accédez au balcon. Là, vous découvrirez un paysage hors du temps et de l'espace. C’est ici que Jésus, après avoir jeûné quarante jours dans le désert, fut approché par Satan en personne, qu’il envoya paître (Matthieu 4, Luc 4). A perte de vue s’étend le tapis blanc du désert de Judée. Écoutez le vent qui s'engouffre dans les cavités troglodytes de la roche. Il fait tourbillonner dans l’air les cris d'invisibles corbeaux. C’est si beau que même Omar se tait. Il faut dire qu’il est occupé à contempler cette touriste russe au teint rougi par l’effort de l’ascension. De nobles sentiments vous viennent à l'esprit. Une amère lucidité s'empare de vous. Et vous repartez, un peu hagard.

Émouvante : allons-nous tuer la mer Morte ?

Revenus en ville, faites quelques kilomètres vers le sud pour accéder à la mer Morte, qui en réalité est un lac, et qui ne sera bientôt plus rien du tout. Car en amont, on ponctionne le Jourdain pour irriguer les cultures. Chaque année, le niveau de l'eau s'abaisse. D'une manière générale, la Palestine est un pays qui rapetisse. Autour de la mer Morte, le sol s'assèche et se morcelle. Dépêchez-vous donc si vous voulez flotter sur l’eau de cette mer surchargée en sel. Et choisissez un coin dédié à la baignade, à l’écart des usines salines.

En repartant, nous passons devant L’Oasis, un casino inauguré en grande pompe en 1998 et fermé dans l'indifférence générale en 2000, au cours d'une période où on n'avait pas le temps de s'amuser en Palestine. Aujourd’hui changée en complexe hôtelier, l’Oasis survit tant bien que mal. Nous repartons vers Ramallah dans la nuit tombante, à travers les montagnes sacrées. Sur leurs flancs, des loupiotes s’allument. Ce sont les bédouins qui rentrent du travail.

Jean Morizot