Strolls and coffee drinking in Old Nablus
Déambulation et pauses café dans le vieux Naplouse
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The historic centre of Nablus, the second biggest city in the West Bank, is the vibrant and bustling souk, where one should always seize the opportunity of drinking a coffee and chatting in the shade of an archway.

9 am. I have to meet Hakim Sabbah. The 37 year old is at the head of the Project Hope NGO. He grew up in a village near Nablus. Everyone in town knows him. That day, he promised to take me to all the places any good Nablusi should know. An espresso and we’re off.

The old city: its cobblestoned alleys filled with people, its stone buildings with intricately drawn doors. We go in by the western gate. On my right, Hakim points to a very high porch. “Nablus built its wealth on the business of olive oil and soap. The soap factories have a very recognizable architecture. The gates had to be big enough for the camels to go through. The windows on the first floor are used to air the rooms when the soap is drying.” A few steps away, on al-Nasra street, we catch a glimpse of the sky between the white facades. “Here, for instance, there used to be two soap factories. Both were bombarded in April 2002, during the second Intifada, when Israeli tanks were overrunning the whole city.” The wasteland became a parking lot, from which one can see the neighbouring hills.

 

© Aurélie Darbouret / Hakim Sabbah

Nablus, known as “little Damascus”, sits between mount Ebal and mount Gerizim. On the first is perched an Israeli military outpost; on the other, the industrial tycoon Munib al-Masri built his palace. This strange face-to-face is a reminder of the two facts of this city: “Nablus is the birthplace of the big Palestinian families. People say that 300 millionaires live here!”

Going down a small street, we drop by Aj-Aj. If you need directions, ask anyone: everyone knows Aj-Aj. It is a landmark, the best place to eat … omelettes. The owner, like his ancestors before him, is named Mister Omelette. His whole family has been in the cracked egg industry for generations. The owner prepares a salad bowl of amazing hummus. Aj-Aj is open from 6 am to noon; the omelettes are served with mint tea or rilta, a mixture of yoghurt and spicy vegetables. A real treat.

Hakim takes us within the labyrinth of alleys. Al-Aqsa: another place that is not to be missed for any self-respecting Nabulsi. Enormous frying pans are used to cook Kneffeh, a pastry prepared with yellow semolina and cheese. As soon as it’s ready, everyone fights to get their share. Some eat it right there, leaning against a wall; other take their box home with them. The Kneffeh disappears in less than ten minutes!

Further down, right next to the Mosque, is the beautiful Manara chiming clock, offered in 1906 by the Ottoman sultan. “All the big cities of the regions had one. The Israelis destroyed the one in Jerusalem. Ours was just restored by the Turks.”

Next stop: the Sheik Qasem coffee shop in Khalid Ben el-Walid street. The olive blinds stand out in stark contrast to the white façade. The big restaurant is empty: it’s too early for hookahs and board games. Glass doors open into a beautiful garden, where trees coexist in delicate chaos. The owner is ageless with white hair and a checked shirt. He brings us coffee, which we drink in the shade of the lemon tree and the vine.

We are back in the streets and into the souk until we reach the Al Yasmeen hotel. Established in a 600-year-old building, the hotel opened in 2000, right before the second Intifada. The marks of the bullets are still noticeable on the stained-glass windows of the entrance: this place was not spared. “For nine years, the hotel stayed open, but there were no tourists. Only some Israeli soldiers occupied the place for a while. After 2009, visitors started coming back.” tells us Salem Hantoli, the director of the hotel, as he offers us a coffee. 10 am: we’ve already had four coffees, no sugar.

© scarlett coten_Mectoub series 2014 / Nablus

We have our fifth coffee a few minutes later, in the bank where Hakim drops off his employees’ salaries. The sixth isn’t too far ahead; we drink it at the Touqan soap factory, “one of the most prestigious families of the city.” The mixture is known throughout the land (72% olive oil, 17% water and 11% sodium) and is knead in huge cisterns before being laid down on the first floor and cut up. The little squares are stamped and left to dry in surprising sculptures. The products are mainly exported to Jordan. “Back in the day, there were forty soap factories in Nablus. Only two are still active today.”

We cross the souk, amidst the calls of the sellers. Posters showing men in battledress, rifles in hand, are a reminder that the city was at the heart of the Palestinian armed resistance. Further down, the Break shop is established in an abandoned soap factory. It’s a big jumble of vintage knick-knacks: irons, wooden pieces of jewellery, and even a seashell Eiffel tower. The boutique offers a wide array of spices. For the first time since this morning, Hakim politely declines having a coffee.

Before finishing our tour, Hakim takes us to Khan al-Wakala, an old caravansary that was recently restored. The rooms, which used to host passing merchants, will soon host tourists. Next to it, the stables are now a cultural center for children. Hakim goes in to chat. Yet another plate bearing hot glasses of coffee appears: this is the last one, for sure.

by Aurélie Darbouret

Le cœur historique de Naplouse, la deuxième plus grosse ville de Cisjordanie, vibre au rythme du souk et des échoppes animées. Mais à l'ombre d'une arcade, on ne se refuse jamais une halte pour bavarder autour d'un café.

Neuf heures du matin. J'ai rendez-vous avec Hakim Sabbah. L'homme de 37 ans, qui dirige l'ONG Project Hope, a  grandi dans un village à proximité de Naplouse, et, en ville, tout le monde le reconnait. Ce jour-là, il a promis de me montrer les adresses que « tout bon Nabulsi se doit de fréquenter ». Un café bien serré et c'est parti.

La vieille ville se dessine avec ses ruelles pavées très animées et ses immeubles de pierres aux portes finement sculptées. On y entre par la porte Ouest. Sur la droite, mon guide indique un porche très haut. « Naplouse a bâti sa richesse sur le commerce de l'huile d'olive et du savon. Les savonneries ont une architecture typique. Les portes devaient pouvoir laisser entrer les chameaux. A l'étage, les grandes fenêtres permettaient de ventiler les pièces pour le séchage ». A quelques dizaines de mètre, dans la rue Al-Nasra, le ciel bleu se découpe entre les façades blanches. « Ici par exemple, il y avait deux savonneries : elles ont été bombardées en avril 2002, lors de la deuxième Intifada, quand les chars israéliens ont envahi totalement la ville ». Le terrain-vague est devenu un parking d'où l'on distingue les collines alentours.

 

 

 

© Aurélie Darbouret / Hakim Sabbah

La ville, surnommée « la petite Damas », est enclavée entre le mont Ebal et le mont Gerizim. Le premier est dominé par un poste militaire israélien, l'autre par le palace de Munib Al-Masri, un industriel immensément riche. Le curieux face-à-face rappelle deux réalités incontournables de la ville. « Naplouse est le berceau historique de grandes familles. On raconte qu'elle compte aujourd'hui 300 millionnaires ! ».

En descendant une petite rue, on déboule chez Aj-Aj. Demandez l'adresse à n'importe-qui, tout le monde connait. C'est une institution pour la dégustation des... omelettes. Le propriétaire, comme ses aïeux, se nomme d'ailleurs Monsieur Omelette, il faut dire que la famille est spécialisée dans l'œuf battu depuis des générations. Une fois n'est pas coutume, le patron prépare un saladier de succulent houmous. Les plats sont servis, entre 6h et midi, avec du thé à la menthe et de la rilta, un mélange de yaourt et de légumes épicés. Un délice.

Hakim s'enfonce dans le dédale de ruelles. Voici Al-Aqsa, une autre adresse incontournable pour les Nabulsi. Dans de grandes poêles, un mélange crépite sur le feu. C'est le Kneffeh, une pâtisserie préparée à base de semoule jaune et de fromage. Dès qu'une tournée est prête, les gourmands jouent des coudes pour obtenir leur portion. Certains la dégustent sur place, adossés au mur, d'autre partent avec un carton au bras. En moins de dix minutes, tout le plat de Kneffeh s'est volatilisé !

Plus loin, juste à côté de la Mosquée se dresse l'horloge Manara, un magnifique carillon, offert en 1906 par le sultan Ottoman. « Toutes les grandes villes de la région en avaient reçu un. Celui de Jérusalem a été détruit par les Israéliens. Le nôtre vient juste d'être restauré par les Turcs ».

Prochaine étape, le café Sheik Qasem, dans la rue Khalid Ben El-Walid. Les volets vert olive tranchent avec le blanc éclatant de la façade. La grande salle est déserte, il est encore tôt pour la shisha et les jeux de société. Des portes vitrées ouvrent sur un magnifique jardin, où les arbres s'entremêlent dans une délicate anarchie. Le patron, sans âge, cheveux blancs et chemise à carreaux, , apporte des petits cafés qu'on sirote à l'ombre du citronnier et de la treille. 

On s'enfonce dans le souk jusqu'à l'hôtel Al Yasmeen. Installé dans un bâtiment vieux de 600 ans, l'établissement a ouvert au début de l'année 2000, juste avant la deuxième Intifada. Les impacts de balles, toujours visibles sur le vitrail de la porte d'entrée, indiquent que le lieu n'a pas été épargné. « Pendant neuf ans, l'hôtel est resté ouvert, mais il n'y avait quasiment pas de touristes. Seuls les soldats israéliens ont occupé les lieux par moment. Après 2009, les visiteurs ont commencé à revenir », raconte Salem Hantoli, le directeur de l'établissement, tout en offrant du café. Il est dix heures, c'est le quatrième de la matinée. Tous sans sucre.

© scarlett coten_Mectoub series 2014 / Nablus

Le cinquième est englouti quelques minutes plus tard, à la banque où Hakim vient déposer les salaires de ses employés. Le sixième suit de près, absorbé à la fabrique de savons Touqan, « une des familles les plus prestigieuses de la ville ». Le fameux mélange (72% d'huile d'olive, 17% d'eau et 11% de soude) est malaxé dans de grandes cuves avant d'être étalé à l'étage et découpé. Les petits carrés, tamponnés, sèchent au sol ou sont empilés « en jupe », sortent de colonnes asymétriques formant d'étranges sculptures. La production est exportée principalement vers la Jordanie. « Dans le temps, il y avait quarante savonneries à Naplouse. Il n'en reste que deux en activité ».

On traverse le souk, porté par les appels des commerçants. Des posters décolorés d'hommes en treillis, arme automatique au poing, rappellent que la ville a été un des centres armés de la résistance palestinienne. Plus loin, la boutique Break s'est installée dans une des fabriques de savons désaffectée. C'est un joyeux bric-à-brac où l'on trouve toutes sortes d'objets anciens, fer à repasser, bijoux en bois, tapis et même une tour Eiffel en coquillages. L'échoppe offre un choix impressionnant d'épices. Pour la première fois, Hakim décline le café. Victoire.

Avant de terminer la visite, Hakim fait un crochet par le Khan Al-Wakala, un ancien caravansérail fraîchement restauré. Les chambres qui accueillaient jadis les marchands de passage pourront bientôt héberger des touristes. Non loin, l'édifice qui servait d'écurie pour les animaux des caravanes abrite un centre culturel pour les enfants. Hakim y entre pour échanger des nouvelles. Un plateau chargé de verres fumants le suit de près. Celui-ci, c'est vraiment le dernier.

Aurélie Darbouret