A visit to the resistance zoo
Visite au zoo de la résistance
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In this city entrapped by the wall, veterinarian Khader and his team work day in and day out to keep the zoo alive. Beware, weirdness and emotions ahead.

“I choose strange things. If people see strange things, they will never forget and will remember us.” Faced with a line of stunned faces, Dr Khader explains. On the displays, in jars filled with formalin, float a baby bear and a baby donkey, all white; they look like they are sound asleep. Not babies exactly, rather stillborn foetuses that the veterinarian decided to keep. There’s also a two-headed and two-tailed lamb, and a series of hen’s eggs, half open, which illustrate the maturing process of the chick.

Welcome to the museum of curiosities, a little room adjacent to the Qalqilya zoo, where the talkative and tireless Dr Khader keeps his strange creations. “It’s very hard to bring in new animals, so when we lose some of them, we try to preserve them.” The memory of the zoo is there before our eyes, stuffed, frozen in formalin, reassembled in skeletons.

Dr Khader studied in Saudi Arabia, then Egypt, and became director of the Qalqilya zoo in 1999. At the time, the city housed the only animal garden in the West Bank, which was created in 1985 as a symbol of Israeli-Palestinian cooperation. Most of the animals come from Tel Aviv, which is a mere fifteen kilometres away. Between the two cities, the concrete wall is eight meters high. Since 2003, the city was literally encircled by the Israeli separation wall and lost a great part of its population.

Helped by an enthusiastic team, Dr Khader works relentlessly for the survival of the zoo, that some ironically call “the prison within the prison.” During the Second Intifada, as the Israeli army occupied the city, zebras died under fire and because of the tear gas. The male giraffe, Rony, died from a wound to the head. Ten days later, the female, Brownie, miscarried. “She never recovered, she died two years later.” says Sami Khader.

In the little museum of natural history built by the staff of the zoo, the veterinarian collected the whole giraffe family. A self-taught taxidermist – he learned the trade in Saudi Arabia where he was born and grew up – he also stuffed zebras, crocodiles, a lion, a couple of bears and even an ant colony. “Do you want to dance with the bears? Now’s the time,” he says, encouraging us to cross the protection rope.

Today, the zoo counts 150 animals and some 600 000 visitors a year. In the cages, upheld with desultory means, you’ll see a hyena captured in Palestine, a crazy bear – he drowned his mate in the pond of his cage – and a lazy lion – the kids of the neighbourhood like to say he’s only fed cabbage and carrots.

So the cages of the zoo don’t stay empty, Dr Khader sometimes calls to the inhabitants of Qalqilia who sometimes give him animals. True, they’re less impressive than those from the savannah, but at least they’re alive and well: hence all the geese, the badgers and the chickens.

Dr. Khader is lacking in funds to ensure the functioning of his small practice: it barely survives thanks to municipal subsidies and a few international funds. He made the darts to anesthetise the animal himself, by cutting out plastic syringes and shooting them (cut out of plastic syringes) and he shoots them by using a blowgun. He shows us how it’s done, and he shows us well (save for a staff member who saw the little syringe fly right next to his ear). To make a bit of money for the practice, Sami Khader tried to sell his darts as low-cost equipment to Israeli veterinarians – with whom he worked despite the wall – but they politely declined.

In September of 2014, Dr Khader and his team were invited to Budapest to participate in the annual conference of the EAZA (the European Association of Zoos and Aquariums). They had no visas so they could not go: instead, they sent a video, in which you see the animals, the school kids in the alleys of the park, the director of course, and the 60 staff members who work day in and day out. They ask for one last thing: “Don’t forget we’re here!”

A film to see:

Girafada, Rani Massalha, which tells a story based on real facts of the Qalqilia zoo. 

Dans cette ville emmurée, le vétérinaire Khader et son équipe se démènent pour faire vivre un zoo. Attention, bizarreries et émotions garanties.

« Je choisis des choses étranges. Si les gens voient des choses étranges, ils n'oublieront jamais et se souviendront de nous ». Face aux visages étonnés, le Dr. Khader esquissent quelques explications. Sur les présentoirs, dans des bocaux de formol, flottent un bébé ours et un bébé âne, tous blancs, qui semblent dormir paisiblement. En fait de bébés, il s'agit plutôt de fœtus avortés que le vétérinaire a décidé de conserver dans le liquide. Il y a aussi un agneau à deux têtes et deux queues, et une série d'œufs de poule, à demi-ouverts, qui illustrent le processus de maturation du poussin.

Bienvenue au musée des bizarreries, une petite cahute sombre attenante au zoo de Qalqilia où le volubile et infatigable Dr. Khader stocke ses drôles de créations. « C'est très difficile de faire venir de nouveaux animaux alors qu'en nous en perdons, nous les conservons ». La mémoire du zoo s'étale sous nos yeux, empaillée, pétrifiée dans le formol, assemblée en squelettes.

Dr. Khader, formé en Arabie Saoudite puis en Egypte, est arrivé en 1999 à la tête du zoo de Qalqilia. A l'époque, la ville abrite le seul jardin animalier de Cisjordanie, créé en 1985 pour être le symbole de la coopération israélo-palestinienne. L'immense majorité des animaux vient de Tel Aviv, la capitale d'Israël, située à une quinzaine de kilomètres à peine. Mais entre les villes se dresse un mur de béton de huit mètres de haut. Depuis 2003, la ville agricole est littéralement encerclée par la barrière de séparation israélienne et a perdu une grande partie de sa population.

Epaulé par une équipe très motivée, Dr. Khader se démène pour la survie du zoo, que certains nomment ironiquement « la prison dans la prison ». Au cours de la deuxième Intifada, alors que l'armée israélienne occupe totalement la ville, des zèbres meurent sous les tirs et les gaz lacrymogènes. Effrayé, le mâle girafe, Rony se blesse mortellement à la tête. Dix jours plus tard, la femelle, Brownie, fait une fausse-couche. « Elle ne s'en est jamais remise, elle est morte deux ans plus tard », rapporte Sami Khader.

Dans le petit musée d'histoire naturelle fabriqué par le staff du zoo, le vétérinaire a relevé toute la famille girafe. Taxidermiste autodidacte – il a appris en Arabie Saoudite, où il est né et a grandi- il a également empaillé des zèbres, des crocodiles, un lion, un couple d'ours et même une colonie de fourmis. « Vous voulez danser avec les ours ? C'est le moment », lance-t-il en incitant à enjamber la corde de protection.

Aujourd'hui, le zoo compte 150 animaux et quelques 600 000 visiteurs par an. Dans les cages, entretenues avec des moyens dérisoires, on croise une hyène capturée en Palestine, un ours fou - il aurait noyé sa partenaire dans la mare de la cage - et un lion un peu indolent - les enfants du quartier prétendent qu'il est nourri aux choux et aux carottes.

Pour ne pas laisser les enclos du zoo vides, le Dr. Khader a parfois recours aux habitants de Qalqilia, qui lui font don d'animaux certes moins impressionnants que ceux de la savane, mais qui ont le mérite d'être bien vivants. On trouve ainsi des oies, des blaireaux et même des poulets.

Le vétérinaire manque cruellement de moyens pour faire tourner sa petite clinique, qui subsiste grâce aux financements municipaux et à quelques dons internationaux. Il a fabriqué lui-même les fléchettes pour anesthésier les animaux (découpées dans des seringues en plastique) qu'il propulse en soufflant dans une sarbacane. Démonstration convaincante (si ce n'est la peur d'un employé qui a entendu le projectile siffler bien près de son oreille!) Pour renflouer ses caisses, Sami Khader a bien tenté de vendre ses fléchettes low-cost aux vétos Israéliens, avec qui il collabore malgré le mur, mais ils ont gentiment décliné.

En septembre 2014, le vet' et des membres du personnel ont été invités à Budapest pour participer à la conférence annuelle de l'EAZA, l'Association européenne des zoos et aquariums. Faute de visas, les Palestiniens n'ont pas pu s'y rendre. Alors ils ont envoyé une vidéo. On y reconnait les animaux, les scolaires dans les allées du parc, le directeur bien sûr, les 60 salariés qui se démènent et lancent une ultime requête : « N'oubliez pas que nous sommes là ! ».

Un film à voir :

Girafada, de Rani Massalha, qui raconte l'histoire inspirée de faits réels du zoo de Qalqilia.